Le Covid-19 a soulevé beaucoup de questions chez les couples en projet de grossesse : ovocytes, spermogramme, PMA, grossesse, vaccination. Les données disponibles sont plutôt rassurantes, mais elles demandent une lecture nuancée, surtout après une infection récente ou une forme sévère.

À retenir

  • Chez la femme, aucun effet direct et constant du SARS-CoV-2 sur les ovocytes ou les chances de succès en PMA n’a été démontré à ce jour. Une infection aiguë peut toutefois perturber temporairement le cycle, surtout en cas de fièvre, fatigue importante ou inflammation.
  • Chez l’homme, le Covid-19 peut altérer provisoirement le spermogramme. La fièvre et l’inflammation peuvent diminuer la concentration, la mobilité ou la qualité globale des spermatozoïdes pendant plusieurs semaines.
  • La présence du virus dans le sperme semble rare. Le Covid-19 n’est pas considéré comme une infection sexuellement transmissible au sens classique, mais la prudence reste logique en parcours de PMA lorsqu’une infection est récente.
  • La transmission mère-enfant est possible mais peu fréquente. Elle n’est pas systématique ; le risque dépend surtout du contexte clinique, du terme et de la sévérité de l’infection maternelle.
  • Les centres de PMA ont intégré des mesures de sécurité. Triage, report en cas d’infection active, gestes d’hygiène, organisation des flux et adaptation des calendriers ont permis de reprendre les soins.
  • Les recommandations vaccinales évoluent avec les campagnes sanitaires. La vaccination n’a pas montré d’effet délétère sur la fertilité, mais la décision doit être discutée avec le médecin selon l’âge, la grossesse, les facteurs de risque et les consignes en vigueur.

Pourquoi cette question revient souvent en fertilité

Le Covid-19 a touché des millions de personnes en âge de procréer et a interrompu, parfois brutalement, des parcours de fertilité. Pour les couples qui attendent une grossesse ou qui préparent une insémination, une FIV ou une préservation de fertilité, la question est simple : l’infection peut-elle compromettre les chances de concevoir ?

La réponse n’est pas la même pour les ovaires, les spermatozoïdes, la grossesse ou l’organisation d’un parcours de PMA. Les données accumulées depuis 2020 sont globalement rassurantes, mais elles montrent aussi que l’état général compte : une infection récente, une forte fièvre, une forme sévère, une hospitalisation ou une fatigue prolongée peuvent justifier une adaptation du calendrier.

L’enjeu n’est donc pas de faire peur, ni de banaliser. Il est de savoir quand poursuivre, quand attendre quelques semaines, quand refaire une analyse de spermogramme, et quand demander un avis médical personnalisé.

Covid-19 et fertilité féminine : ovocytes, cycles et PMA

Les données disponibles ne montrent pas de signal solide indiquant que le SARS-CoV-2 altère directement les ovocytes, la maturation folliculaire ou les résultats des techniques de PMA. Dans les ovaires, l’expression des protéines impliquées dans l’entrée du virus, notamment ACE2 et TMPRSS2, ne suffit pas à conclure à une atteinte clinique des ovocytes.

En revanche, le Covid-19 reste une infection générale. Comme d’autres infections virales, il peut entraîner fièvre, inflammation, fatigue, stress physiologique et parfois déséquilibre temporaire du cycle menstruel. Ces modifications ne signifient pas une perte de fertilité ; elles traduisent souvent un organisme qui récupère.

En pratique, lorsqu’une femme a eu une forme légère et qu’elle se sent rétablie, il n’existe pas de raison automatique de retarder longtemps un projet de grossesse ou un parcours de PMA. Après une forme sévère, une hospitalisation, une fièvre persistante ou une fatigue importante, le calendrier doit être revu avec l’équipe médicale.

Covid-19 et fertilité masculine : pourquoi le spermogramme peut changer

Le versant masculin est celui où les effets temporaires sont les plus visibles. La spermatogenèse, c’est-à-dire la fabrication des spermatozoïdes, est sensible à la fièvre, à l’inflammation, au stress oxydatif et à l’état général. Après une infection Covid-19, un test de spermogramme peut donc être moins bon qu’avant, même chez un homme qui n’avait pas d’antécédent d’infertilité masculine.

Les anomalies possibles concernent surtout la concentration, la mobilité et parfois la morphologie des spermatozoïdes. Un spermogramme anormal juste après une infection ne doit donc pas être interprété trop vite comme une infertilité définitive. Il peut refléter un épisode transitoire.

La durée de récupération varie selon la sévérité de l’infection, la présence de fièvre, l’âge, les habitudes de vie et les paramètres de départ. Comme un cycle complet de production spermatique prend environ trois mois, le médecin peut proposer de répéter l’analyse de spermogramme à distance, notamment avant une insémination, une FIV ou une ICSI.

Spermoculture, spermogramme et Covid-19 : ne pas tout mélanger

Dans un bilan masculin, l’analyse de spermogramme mesure les paramètres du sperme : volume, concentration, nombre total, mobilité, vitalité et parfois morphologie via le spermocytogramme. Elle renseigne sur la fertilité potentielle, mais elle n’est pas un test de dépistage du Covid-19.

La spermoculture, elle, recherche plutôt une infection bactérienne du sperme. L’expression « spermoculture et spermogramme » correspond donc à deux examens complémentaires, mais qui n’ont pas le même objectif. Une spermoculture laboratoire peut être indiquée devant certains signes, un contexte infectieux, des leucocytes élevés ou une anomalie persistante du sperme, mais elle ne remplace pas l’évaluation clinique.

En parcours de fertilité, la bonne question est souvent chronologique : y a-t-il eu une infection récente, de la fièvre ou un épisode inflammatoire pouvant expliquer une baisse temporaire des paramètres ? Si oui, un contrôle du spermogramme fertilité à distance peut éviter de tirer des conclusions trop rapides.

Le virus peut-il être présent dans le sperme ?

Des publications ont recherché le SARS-CoV-2 dans le sperme. La présence d’ARN viral a été rapportée dans quelques situations, mais elle paraît rare et ne suffit pas, à elle seule, à prouver une transmission sexuelle par le sperme. Le risque principal de transmission pendant les rapports reste la proximité respiratoire avec une personne contagieuse.

En PMA, cette nuance est importante. Les laboratoires appliquent déjà des procédures strictes de traçabilité, de préparation des gamètes, de lavage, de cryoconservation et de sécurité biologique. Si l’un des partenaires présente une infection active, des symptômes ou un contact à risque, l’équipe peut reporter certains actes pour protéger le couple, les embryons, les autres patients et les soignants.

La prudence ne signifie donc pas que le sperme serait systématiquement contaminant. Elle signifie que la PMA se déroule dans un environnement très contrôlé, où le moment du traitement doit être choisi avec soin.

PMA après la pandémie : ce qui a changé

Lors de la première vague de 2020, de nombreux centres de PMA ont suspendu les traitements non urgents par précaution. Cette décision s’expliquait par l’incertitude scientifique, la pression sur les hôpitaux, le besoin de protéger les patientes et patients, et la nécessité de limiter les déplacements.

Depuis, les soins ont repris avec des protocoles mieux définis. Les parcours peuvent intégrer un questionnaire de symptômes, une adaptation en cas d’infection récente, des consignes d’hygiène, une organisation des présences dans le service, et parfois un report si la sécurité médicale l’impose.

La PMA est aujourd’hui considérée comme un soin important, souvent sensible au temps, en particulier lorsque l’âge, la réserve ovarienne, l’endométriose, l’insuffisance ovarienne, une indication masculine sévère ou une préservation de fertilité entrent en jeu. Le rôle de l’équipe médicale est de ne pas faire perdre de chances tout en évitant de démarrer un cycle dans de mauvaises conditions.

Grossesse et Covid-19 : un risque surtout lié aux formes sévères

La grossesse modifie l’immunité, la respiration et la circulation. Pour cette raison, une infection respiratoire peut être plus délicate à gérer, surtout en cas de forme sévère, de comorbidité, de surpoids, d’âge maternel plus élevé ou de terme avancé.

Le Covid-19 pendant la grossesse peut augmenter le risque d’hospitalisation, de complications maternelles et d’accouchement prématuré, principalement lorsque l’infection est symptomatique ou sévère. La transmission au nouveau-né est possible, mais elle n’est pas systématique et reste globalement peu fréquente dans les séries publiées.

Pour un couple en projet de grossesse ou en FIV, cela ne veut pas dire qu’il faut renoncer. Cela veut dire qu’une infection active, une fièvre importante ou une récupération difficile doit être signalée avant de programmer une ponction, un transfert embryonnaire, une insémination ou un début de grossesse.

Après une infection Covid-19 : que faire avant de reprendre le parcours ?

Après un Covid-19 récent, la conduite à tenir dépend de trois éléments : la sévérité de l’épisode, le temps écoulé depuis la guérison et l’étape prévue du parcours. Un simple rhume Covid sans fièvre n’a pas la même portée qu’une infection avec forte fièvre, essoufflement, hospitalisation ou fatigue prolongée.

  • Prévenez l’équipe de PMA avant une stimulation, une ponction, un transfert ou une insémination si l’un des deux partenaires a été infecté récemment.
  • Chez l’homme, discutez un contrôle du spermogramme si l’infection a été fébrile, si le premier résultat est inhabituel ou si un traitement repose fortement sur la qualité spermatique.
  • Chez la femme, évitez de démarrer un cycle en plein épisode infectieux ou si l’état général n’est pas revenu à la normale.
  • Reprenez les mesures simples : sommeil, hydratation, arrêt du tabac, limitation de l’alcool, activité physique progressive et prise en charge de la fièvre avec un avis médical si besoin.
  • Discutez la vaccination avec votre médecin selon les recommandations en vigueur, votre état de santé, une éventuelle grossesse et vos facteurs de risque.

L’objectif est de reprendre au bon moment : assez vite pour ne pas perdre de temps, mais pas au point de compromettre la qualité du cycle ou l’interprétation des examens.

Ce que cela implique pour les couples suivis en fertilité

Pour les couples, le message le plus utile est souvent celui-ci : le Covid-19 ne doit pas être vécu comme une condamnation de la fertilité. La majorité des effets décrits sont transitoires, surtout sur le versant masculin, et les parcours de PMA savent s’adapter.

En revanche, il faut éviter deux pièges. Le premier serait de minimiser une infection récente avant un acte important. Le second serait d’interpréter un spermogramme anormal isolé comme définitif. Entre les deux, il y a une médecine pragmatique : refaire l’examen au bon moment, tenir compte de la fièvre et de la récupération, et choisir la technique adaptée.

Chaque parcours reste individuel. L’âge de la femme, la réserve ovarienne, la durée d’infertilité, les résultats du spermogramme, les antécédents de grossesse, l’urgence médicale et le vécu du couple doivent être mis dans la balance.

Sources et cadre de rédaction

Article rédigé pour le magazine IMF à partir d’une trame médicale transmise du Dr Julie Nobre Meirinhos, gynécologue médicale à Nîmes et membre de l’équipe médicale du Centre AMP / gynécologie du Gard. La mise en forme éditoriale et la vérification documentaire ont été réalisées pour IMF. Ces informations sont générales et ne remplacent pas une consultation personnalisée.