La fertilité masculine repose sur une production continue de spermatozoïdes, mais cette production est sensible au temps, à l’état de santé général, aux hormones, à certains toxiques et aux antécédents. Comprendre cette physiologie aide à lire un spermogramme sans réduire la fertilité d’un homme à un seul chiffre.

À retenir sur la fertilité masculine

  • La production de spermatozoïdes est continue. Contrairement aux ovocytes, les spermatozoïdes sont produits tout au long de la vie adulte, mais leur qualité peut varier selon les périodes.
  • Un spermogramme est l’examen de première intention. Il mesure notamment le volume, la concentration, le nombre total, la mobilité, la vitalité et la morphologie des spermatozoïdes.
  • Un résultat isolé ne suffit pas toujours. Fièvre, infection, délai d’abstinence, traitement, stress physiologique ou exposition à la chaleur peuvent modifier temporairement les paramètres spermatiques.
  • Une anomalie doit souvent être confirmée. En cas de spermogramme anormal, un contrôle est généralement nécessaire avant de conclure ou d’orienter le parcours.
  • Le bilan masculin doit être précoce. L’infertilité masculine est souvent silencieuse : l’absence de symptôme n’exclut pas une anomalie du sperme.

Comment les spermatozoïdes sont-ils produits ?

La production des spermatozoïdes, appelée spermatogenèse, se déroule dans les testicules, au niveau des tubes séminifères. Elle dépend d’un dialogue hormonal entre le cerveau et les testicules.

L’hypophyse sécrète notamment la FSH et la LH. La FSH participe au fonctionnement des cellules de Sertoli, qui soutiennent la maturation des cellules germinales. La LH stimule les cellules de Leydig, qui produisent la testostérone nécessaire à la spermatogenèse.

Une fois formés, les spermatozoïdes poursuivent leur maturation dans l’épididyme, où ils acquièrent progressivement leur mobilité. Lors de l’éjaculation, ils sont mélangés aux sécrétions des vésicules séminales et de la prostate pour former le sperme.

Cette production prend du temps. C’est pourquoi un épisode de fièvre, une infection, un traitement ou une modification importante du mode de vie peut se répercuter sur le spermogramme plusieurs semaines plus tard.

Ce que mesure vraiment le spermogramme

Le spermogramme ne donne pas une réponse binaire fertile ou infertile. Il décrit plusieurs paramètres qui doivent être interprétés ensemble, avec l’histoire médicale et le projet du couple ou de la patiente.

Les principaux paramètres analysés

  • Volume et pH : ils renseignent sur l’éjaculat et les sécrétions associées.
  • Concentration : nombre de spermatozoïdes par millilitre.
  • Nombre total : quantité totale de spermatozoïdes dans l’éjaculat.
  • Mobilité : capacité des spermatozoïdes à se déplacer, notamment en mobilité progressive.
  • Vitalité : proportion de spermatozoïdes vivants.
  • Morphologie : proportion de formes typiques observées au microscope.

Les recommandations NICE 2026 reprennent les valeurs de référence de l’OMS pour comparer les résultats : volume à partir de 1,4 ml, concentration à partir de 16 millions/ml, nombre total à partir de 39 millions par éjaculat, mobilité totale à partir de 42 %, mobilité progressive à partir de 30 %, vitalité à partir de 54 % et morphologie typique à partir de 4 %.

Ces valeurs ne doivent pas être lues comme des seuils absolus de fertilité. Elles aident à situer le résultat et à décider s’il faut contrôler, compléter le bilan ou orienter vers une prise en charge spécialisée.

Pourquoi les résultats peuvent varier

La fertilité masculine n’est pas figée. Le spermogramme reflète une période de production et peut varier d’un prélèvement à l’autre.

  • Fièvre ou infection récente : elles peuvent altérer temporairement la concentration, la mobilité ou la vitalité.
  • Délai d’abstinence : trop court ou trop long, il peut modifier le volume et le nombre de spermatozoïdes.
  • Chaleur testiculaire : sauna répété, bains très chauds, exposition professionnelle, ordinateur posé sur les genoux ou sous-vêtements très serrés peuvent être discutés selon le contexte.
  • Tabac, cannabis, alcool et toxiques : ils peuvent peser sur la qualité spermatique et la santé reproductive globale.
  • Traitements et hormones : la testostérone ou les anabolisants peuvent freiner fortement la production de spermatozoïdes.

Lorsqu’une anomalie est retrouvée, le médecin vérifie donc le contexte du prélèvement avant de conclure.

Quand compléter le bilan masculin ?

Le spermogramme est le point de départ, pas toujours le point d’arrivée. Lorsque deux analyses sont anormales, ou lorsqu’une anomalie sévère est détectée, le bilan peut être complété.

Examen clinique et hormones

Un examen des testicules et du scrotum peut rechercher une varicocèle, une anomalie de volume testiculaire, un antécédent chirurgical ou un signe d’obstruction. Un bilan hormonal peut mesurer notamment la testostérone et les gonadotrophines selon le contexte.

Azoospermie et anomalies sévères

En cas d’azoospermie, c’est-à-dire absence de spermatozoïdes dans l’éjaculat, ou de concentration très basse persistante, le médecin distingue les causes obstructives, testiculaires, hormonales ou génétiques. Des examens génétiques peuvent être indiqués dans certaines situations.

ADN spermatique

La fragmentation de l’ADN spermatique n’est pas un examen de routine. Les recommandations NICE 2026 ne la retiennent pas comme test systématique dans le bilan initial ; toute demande d’examen avancé doit donc être contextualisée.

Fertilité masculine et choix du parcours PMA

Les résultats du bilan masculin peuvent orienter la stratégie médicale. L’objectif n’est pas seulement de nommer une anomalie, mais de choisir la prise en charge qui donne le plus de chances au projet parental.

  • Paramètres modérément altérés : selon l’âge, la réserve ovarienne, les trompes et la durée d’essai, une surveillance, une stimulation ou une insémination peuvent être discutées.
  • Altération sévère : une FIV avec ICSI peut être proposée lorsque le nombre ou la mobilité des spermatozoïdes ne permet pas une fécondation classique dans de bonnes conditions.
  • Azoospermie obstructive : une correction chirurgicale ou un prélèvement de spermatozoïdes peut être envisagé selon la situation.
  • Azoospermie non obstructive : un prélèvement testiculaire spécialisé, parfois microchirurgical, peut être discuté au cas par cas.

La décision dépend toujours du couple dans son ensemble : facteurs masculins, facteurs féminins, âge, antécédents, résultats déjà obtenus et préférences des patients.

Comment soutenir sa fertilité masculine au quotidien

Les mesures d’hygiène de vie ne remplacent pas un bilan médical, mais elles peuvent améliorer le terrain général et éviter certains facteurs aggravants.

  • Arrêter le tabac et le cannabis, en demandant de l’aide si nécessaire.
  • Limiter l’alcool et éviter les consommations excessives.
  • Éviter les anabolisants et la testostérone sans indication médicale, car ils peuvent bloquer la spermatogenèse.
  • Préserver le sommeil, l’activité physique et le poids de santé, sans basculer dans des objectifs irréalistes.
  • Signaler les traitements en cours, les antécédents de cryptorchidie, chirurgie testiculaire, infection, traumatisme ou exposition professionnelle.

Les compléments alimentaires ne doivent pas être présentés comme une solution automatique. Ils se discutent selon le bilan, les carences éventuelles et l’avis médical.

Le bilan masculin à l’IMF avec le Dr Alexandra Mesner

À l’IMF, le bilan masculin est intégré au parcours de fertilité dès le départ. Le Dr Alexandra Mesner, médecin de la reproduction avec une expertise en fertilité masculine, analyse le spermogramme, les antécédents, les facteurs de risque et les examens complémentaires utiles.

Cette lecture est coordonnée avec le reste du bilan : ovulation, réserve ovarienne, trompes, utérus, âge, durée d’essai et projet parental. L’enjeu est d’éviter les conclusions trop rapides et de proposer une stratégie cohérente : optimisation simple, contrôle du spermogramme, avis andrologique, traitement ciblé, insémination, FIV, ICSI ou prélèvement chirurgical si indiqué.

Le bilan masculin n’est pas une étape secondaire. Il permet souvent de gagner du temps, de choisir la bonne technique et d’impliquer chaque partenaire dans une prise en charge plus juste.

Sources et cadre de rédaction

Article rédigé pour le magazine IMF et attribué au Dr Alexandra Mesner. Les repères médicaux ont été vérifiés à partir de sources institutionnelles récentes ; ils ne remplacent pas une consultation personnalisée.