La congélation ovocytaire permet de préserver des ovocytes pour un projet de grossesse ultérieur. Depuis la loi de bioéthique de 2021, elle peut être demandée en France sans motif médical entre 29 et 36 ans inclus, mais elle reste un parcours médical à bien comprendre.

À retenir

  • La congélation ovocytaire consiste à vitrifier des ovocytes matures pour pouvoir les utiliser plus tard dans un parcours d’assistance médicale à la procréation.
  • Sans motif médical, elle est autorisée en France de 29 à 36 ans inclus, c’est-à-dire à compter du 29e anniversaire et jusqu’au 37e anniversaire.
  • Avec indication médicale, la préservation peut être proposée plus largement lorsqu’une maladie, une chirurgie ou un traitement risque d’altérer la fertilité.
  • Le parcours comprend un bilan de réserve ovarienne, une stimulation d’environ dix jours, puis une ponction ovocytaire. La stimulation est surveillée par échographies et prises de sang.
  • Les ovocytes congelés peuvent être utilisés dans un parcours d’AMP jusqu’au 45e anniversaire de la femme qui porte l’enfant. Un embryon devra être obtenu au laboratoire avant transfert.
  • Le prélèvement est pris en charge par l’Assurance Maladie, mais la conservation annuelle reste à la charge de la patiente. Ameli indique un coût de 40,50 euros par an.
  • Cette démarche augmente les possibilités futures, mais ne garantit jamais une grossesse. Les chances dépendent surtout de l’âge au moment de la ponction, du nombre d’ovocytes vitrifiés et de la réserve ovarienne.

Qu’est-ce que la préservation de la fertilité féminine ?

La préservation de la fertilité féminine, ou autoconservation ovocytaire, consiste à recueillir des ovocytes, puis à les conserver par vitrification. La vitrification est une congélation ultra-rapide qui permet de préserver la vitalité des ovocytes à très basse température.

Ces ovocytes ne permettent pas directement une grossesse. Le jour où la patiente souhaite les utiliser, ils doivent être décongelés, fécondés au laboratoire avec des spermatozoïdes, puis donner un embryon qui pourra être transféré dans l’utérus si les conditions médicales sont réunies.

La démarche peut répondre à deux situations différentes : une indication médicale, par exemple avant un traitement potentiellement toxique pour les ovaires, ou un projet personnel de grossesse plus tardive, sans indication médicale particulière.

Qui peut demander une congélation ovocytaire en France ?

Depuis la loi de bioéthique du 2 août 2021, l’autoconservation ovocytaire sans motif médical est possible en France. Le cadre d’âge est précis : le prélèvement d’ovocytes peut être réalisé à compter du 29e anniversaire et jusqu’au 37e anniversaire, ce que l’Agence de la biomédecine résume par “29 à 36 ans inclus”.

Avant cette évolution, la congélation ovocytaire était principalement réservée aux indications médicales : traitement du cancer, maladie ou traitement risquant d’altérer la fertilité, chirurgie ovarienne, endométriose selon le contexte, risque d’insuffisance ovarienne prématurée ou situation particulière évaluée par une équipe spécialisée.

Le fait d’entrer dans la tranche d’âge ne suffit pas toujours à rendre le parcours pertinent. Le bilan de réserve ovarienne, l’âge exact, les antécédents, la balance bénéfice-risque, les délais et le nombre probable de cycles doivent être discutés en consultation.

Pourquoi se renseigner tôt ?

Le facteur le plus important est l’âge au moment de la ponction. Plus les ovocytes sont recueillis tôt dans la fenêtre autorisée, plus leur qualité moyenne est favorable. Attendre les derniers mois avant le 37e anniversaire peut rendre le parcours plus difficile, surtout si les délais de rendez-vous sont longs.

L’Agence de la biomédecine indique qu’en moyenne, fin 2024, il fallait compter 13 mois entre la prise de rendez-vous et la ponction des ovocytes pour les congeler, avec des délais variables selon les centres. En pratique, certaines patientes peuvent attendre moins longtemps, d’autres davantage selon la région et la capacité des centres autorisés.

Se renseigner tôt ne signifie pas forcément commencer immédiatement. Cela permet de faire le bilan, de comprendre les chances réalistes, d’anticiper l’organisation personnelle et professionnelle, et de ne pas découvrir trop tard que la fenêtre administrative ou biologique se referme.

Le bilan avant de décider

Avant une congélation ovocytaire, le médecin réalise un bilan pour estimer la réserve ovarienne et vérifier que le parcours a du sens. Il ne s’agit pas de prédire exactement une grossesse future, mais d’évaluer la réponse attendue à une stimulation.

Ce bilan comprend souvent une échographie pelvienne avec comptage des follicules antraux, un dosage de l’AMH, parfois un bilan hormonal en début de cycle, et une revue des antécédents : âge, cycles, endométriose, chirurgie ovarienne, traitements reçus, maladies chroniques, tabac, poids, traitements en cours et projet reproductif.

Le résultat doit être interprété avec prudence. Une AMH basse ne dit pas qu’une grossesse est impossible, mais elle peut annoncer une réponse plus faible à la stimulation. À l’inverse, une AMH élevée ne garantit pas un futur enfant. C’est la combinaison de l’âge, du nombre d’ovocytes recueillis et de la qualité ovocytaire qui compte.

Étape 1 : la stimulation ovarienne

La stimulation ovarienne a pour objectif de faire mûrir plusieurs follicules au cours du même cycle. Elle repose sur des injections hormonales sous-cutanées, réalisées chaque jour par la patiente elle-même ou par une infirmière.

La durée est souvent d’environ dix jours, mais elle peut varier selon la réponse ovarienne. Pendant cette période, l’équipe surveille la croissance folliculaire par échographies et prises de sang. L’Agence de la biomédecine mentionne généralement 2 à 3 contrôles au cours du traitement.

Lorsque les follicules ont atteint une taille compatible avec la maturité ovocytaire, une injection de déclenchement est programmée à un horaire précis. Cet horaire conditionne celui de la ponction.

Étape 2 : la ponction des ovocytes

La ponction ovocytaire est réalisée dans un centre autorisé, au bloc opératoire ou dans un secteur technique dédié, le plus souvent par voie vaginale sous contrôle échographique. Une anesthésie ou une analgésie est proposée selon les pratiques du centre et la situation de la patiente.

L’intervention est généralement courte. Elle permet d’aspirer le liquide des follicules afin que le laboratoire recherche les ovocytes. Tous les follicules ne contiennent pas forcément un ovocyte, et tous les ovocytes recueillis ne sont pas forcément matures.

Après la surveillance post-interventionnelle, le retour à domicile a souvent lieu le jour même. Beaucoup de patientes peuvent reprendre une activité rapidement, parfois dès le lendemain, mais cela dépend de la douleur, de l’anesthésie, du nombre de follicules, du trajet domicile-centre et des consignes médicales.

Étape 3 : la vitrification au laboratoire

Au laboratoire, les ovocytes sont examinés. Seuls les ovocytes matures peuvent être vitrifiés en vue d’une utilisation ultérieure. Ils sont ensuite conservés dans l’azote liquide à très basse température, dans un centre habilité.

Chaque année, le centre contacte la patiente pour connaître sa décision : poursuivre la conservation, utiliser les ovocytes dans un parcours d’AMP, consentir à un don, consentir à une recherche scientifique ou mettre fin à la conservation.

La conservation n’est donc pas un acte figé. Elle suppose un suivi administratif régulier, une réponse annuelle et une réflexion sur le devenir des ovocytes si le projet personnel évolue.

Combien d’ovocytes faut-il congeler ?

Il n’existe pas, à ce jour, de recommandation française unique fixant un nombre idéal d’ovocytes à congeler. Beaucoup d’équipes discutent un objectif autour de 10 à 15 ovocytes, parfois davantage selon l’âge, le projet d’un ou plusieurs enfants, la réserve ovarienne et la réponse aux premiers traitements.

L’Agence de la biomédecine rappelle que les études internationales rapportent souvent une moyenne d’environ 9 à 14 ovocytes congelés, et que les chances augmentent lorsque le nombre d’ovocytes vitrifiés est plus élevé, surtout chez les femmes plus jeunes. Mais aucun seuil ne transforme la congélation en garantie de naissance.

Si la réserve ovarienne est très basse, il peut être nécessaire d’envisager plusieurs cycles pour obtenir un nombre suffisant d’ovocytes. Lorsque le nombre prévisible de ponctions devient très élevé, par exemple au-delà de 5 ou 6 ponctions dans certaines situations, l’intérêt du parcours doit être rediscuté avec précision afin d’éviter une démarche lourde pour un bénéfice trop incertain.

Délais et centres autorisés

La congélation ovocytaire ne peut pas être réalisée n’importe où. Elle doit avoir lieu dans un établissement de santé autorisé pour l’activité d’assistance médicale à la procréation et d’autoconservation des gamètes.

Les délais d’accès sont un point majeur. La demande a fortement augmenté depuis l’ouverture de l’autoconservation sans motif médical, alors que le nombre de centres et de créneaux reste limité. D’après l’Agence de la biomédecine, le délai moyen était de 13 mois fin 2024 entre la prise de rendez-vous et la ponction, avec des variations selon les centres.

Pour une patiente proche de la limite d’âge, cette temporalité change tout. L’information précoce, l’orientation rapide et la constitution d’un dossier complet permettent de limiter les pertes de chance liées au calendrier.

Quel coût prévoir ?

Dans le cadre de l’autoconservation des gamètes sans motif médical, Ameli indique que les frais liés au recueil ou au prélèvement sont couverts par l’Assurance Maladie. Une demande d’affection de longue durée peut être faite par le médecin au moment du prélèvement, puis à nouveau au moment de l’utilisation des gamètes dans un parcours d’AMP.

En revanche, la conservation annuelle des gamètes n’est pas prise en charge par l’Assurance Maladie. Elle reste à la charge de la patiente. Le montant indiqué par Ameli est de 40,50 euros par an.

Il faut aussi anticiper les coûts indirects : déplacements, organisation professionnelle, éventuels arrêts courts, garde d’enfant, hébergement si le centre est éloigné, et temps consacré aux rendez-vous de surveillance.

Quels sont les risques ?

Comme tout traitement médical, l’autoconservation ovocytaire comporte des effets indésirables et des risques. Les effets les plus fréquents sont généralement transitoires : fatigue, pesanteur pelvienne, ballonnements, douleurs abdominales, maux de tête, saignements légers ou inconfort au point d’injection.

Le syndrome d’hyperstimulation ovarienne est plus rare, mais doit être connu. Il peut entraîner une augmentation du volume des ovaires, des douleurs, des nausées, une prise de poids rapide, une gêne respiratoire ou, exceptionnellement, des complications thromboemboliques. Une douleur importante, un essoufflement, une fièvre, des vomissements persistants, un malaise ou une prise de poids brutale doivent faire contacter le centre rapidement.

La ponction est un geste invasif. Les complications hémorragiques, infectieuses ou anesthésiques sont rares, mais possibles. Le rôle du centre est de prévenir ces risques, d’adapter le protocole et d’informer la patiente sur les signes qui doivent faire consulter.

Utiliser ses ovocytes plus tard

Si la patiente souhaite utiliser ses ovocytes congelés, elle entre dans un parcours d’AMP. Les ovocytes sont décongelés, puis fécondés au laboratoire avec les spermatozoïdes du conjoint ou d’un donneur selon la situation et le projet parental.

Si des embryons se développent, un transfert embryonnaire peut être proposé. L’AMP doit être réalisée avant le 45e anniversaire de la femme qui porte l’enfant. Lorsque la patiente est en couple, le membre du couple qui ne porte pas l’enfant doit respecter les limites d’âge prévues par le cadre réglementaire.

L’Agence de la biomédecine rappelle que, dans les publications internationales disponibles, près de 80 % des ovocytes survivent à la congélation puis décongélation. Cela ne signifie pas que 80 % des patientes auront un enfant : chaque étape compte, de la survie ovocytaire à la fécondation, au développement embryonnaire, au transfert et à l’implantation.

Une chance supplémentaire, pas une assurance

La congélation ovocytaire est parfois présentée comme une “assurance fertilité”. Cette expression est trompeuse. Il s’agit plutôt d’une chance supplémentaire, surtout lorsque les ovocytes sont recueillis à un âge où leur qualité est encore favorable.

Les chances futures dépendent de plusieurs facteurs : âge au moment de la ponction, nombre d’ovocytes matures vitrifiés, réserve ovarienne, qualité spermatique au moment de l’utilisation, survie à la décongélation, fécondation, développement embryonnaire, état de l’utérus et santé générale.

La décision doit donc être réaliste et personnalisée. Pour certaines patientes, elle peut représenter une vraie stratégie de préservation. Pour d’autres, notamment en cas de réserve très basse ou de délai trop avancé, l’équipe peut expliquer que le bénéfice attendu est limité.

Comment l’IMF vous accompagne

À l’IMF, une consultation spécialisée permet de reprendre votre âge, vos antécédents, votre projet de grossesse, votre réserve ovarienne et vos contraintes personnelles. L’objectif est de vous donner une information claire, sans pression et sans fausse promesse.

Le médecin peut prescrire ou interpréter le bilan de réserve ovarienne, expliquer le déroulement de la stimulation, les risques, les délais, le coût annuel de conservation et les chances réalistes selon votre situation.

Si vous souhaitez poursuivre la démarche, l’IMF vous oriente vers un centre autorisé pour l’autoconservation ovocytaire et vous aide à préparer les éléments utiles pour que le parcours démarre dans les meilleures conditions possibles.

Sources et cadre éditorial

Cet article reprend la trame médicale du podcast REC 7, « Préservation de la fertilité féminine : congélation ovocytaire », © Dr Lauren Sebbag. Ce podcast est présenté avec le soutien du Laboratoire Organon, engagé pour la santé des femmes. Le contenu a été adapté au format magazine IMF et vérifié avec des sources institutionnelles.

Ces informations sont générales. Elles ne remplacent pas une consultation médicale, surtout en cas d’endométriose, chirurgie ovarienne, cancer, traitement gonadotoxique, antécédent thrombotique ou réserve ovarienne basse.